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TE#67 – StartupBlink 2026 : la Tunisie recule au classement mondial malgré +36,6%

La Tunisie perd deux places au StartupBlink Index 2026 (84e mondiale) malgré +36,6% de croissance. Le même diagnostic qu’un ex-patron de Smart Capital.

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La Tunisie a grandi d’un tiers en un an et elle recule quand même. Le Global Startup Ecosystem Index 2026 de StartupBlink, publié à la mi-juillet, place le pays au 84e rang mondial sur cent, soit deux places de perdues, tout en lui reconnaissant une croissance d’écosystème de 36,6% sur l’année. Deux jours plus tard, à Tunis, un ancien directeur général de Smart Capital posait devant le Forum Ibn Khaldoun exactement le même diagnostic. Quand un classement international et l’ancien pilote du dispositif public disent la même chose la même semaine, il faut écouter.

Le chiffre qui résume tout est ce recul de deux places. La Tunisie affiche un score de 1,074 au StartupBlink Index 2026, en progression de 36,6% sur l’année, et perd pourtant du terrain au classement mondial. La raison est simple : la course se joue en peloton, et d’autres coureurs vont plus vite. Des écosystèmes d’Asie centrale, des Balkans ou du Golfe avancent à des rythmes à trois chiffres, l’Ouzbékistan bondissant par exemple de 227% en un an. Croître fortement ne suffit plus à conserver son rang. Le recul tunisien est donc relatif, produit par la vitesse des autres plutôt que par un essoufflement national. Mais un recul reste un recul.

Ce que dit le rapport

StartupBlink, plateforme de recherche qui cartographie chaque année plus de mille villes et une centaine de pays, garde à la Tunisie une position régionale de force. Le pays gagne une place en Afrique et se hisse au 6e rang continental, dépassant le Ghana. En Afrique du Nord, il conserve sa deuxième position, derrière l’Égypte (65e mondiale) et devant le Maroc (90e), une hiérarchie stable d’une année sur l’autre. Surtout, la Tunisie enregistre le plus fort taux de croissance de toute l’Afrique du Nord, et sa progression de 36,6% dépasse celle de tous les autres pays africains présents dans le top 100. Autrement dit, le pays est la locomotive de croissance de sa région, même si cette croissance ne se traduit plus par des gains au classement global.

Le reste des sous-index confirme un écosystème mûr mais sous pression. La Tunisie occupe la 8e place au sein de la Ligue arabe et la 6e dans la catégorie de la valeur d’écosystème, estimée à 2,8 milliards de dollars (environ 2,6 milliards d’euros). Sa capitale, Tunis, se classe 330e ville mondiale, en léger recul de trois places, tout en restant 3e ville d’Afrique du Nord grâce à une croissance de 22,8% supérieure aux moyennes mondiale et régionale. Dans l’index qui mesure l’environnement des affaires, le pays pointe au 87e rang sur 125, un alignement qui signifie que le cadre réglementaire et les résultats de l’écosystème évoluent de concert, sans décalage flatteur ni retard pénalisant.

L’héritage qui explique le rang

Si la Tunisie figure durablement parmi les écosystèmes africains les plus valorisés, elle le doit à une antériorité que peu de pays du continent peuvent revendiquer. En 2018, elle adopte le premier Startup Act d’Afrique, un texte qui accorde aux startups labellisées un paquet d’exemptions fiscales, des salaires de fondateurs financés par l’État et des comptes en devises. Le Sénégal s’en inspire dès 2019 pour devenir le deuxième pays africain doté d’un dispositif comparable. La même année, la Banque mondiale approuve un prêt de 75 millions de dollars (environ 69 millions d’euros) pour capitaliser le fonds de fonds Anava, ancrant le capital-risque national.

Cet héritage a une contrepartie visible : le rachat, en 2023, de la startup tunisienne InstaDeep par l’allemand BioNTech pour environ 682 millions de dollars (près de 628 millions d’euros), la plus grande acquisition tech de l’histoire africaine. C’est cet actif de crédibilité que le rapport valorise. C’est aussi lui qui masque, dans les moyennes, la difficulté du présent.

Les fragilités que le classement met à nu

Le rapport ne se contente pas de mesurer, il nomme les faiblesses. Il le fait par la voix du docteur Majdi Hassen, directeur exécutif de l’ITCEQ, dont la feuille de route pour la Tunisie tient en trois priorités : retenir les talents, améliorer l’accès au financement, et aider les entreprises à changer d’échelle. Chacune est un aveu. La rétention des talents pointe la fuite des cerveaux, dont InstaDeep, née à Tunis mais dont le siège avait migré à Londres avant le rachat, reste l’illustration la plus visible. L’accès au financement souligne le manque de capitaux en phase de croissance. Le changement d’échelle renvoie à la difficulté de transformer les jeunes pousses en grandes entreprises ancrées au pays.

Ce diagnostic prolonge celui que nous documentons depuis deux semaines. Au premier semestre 2026, les startups tunisiennes n’ont levé que 300 000 dollars en trois opérations, une part infime du capital-risque régional. Le pays sait produire des équipes labellisées, il ne sait pas encore les financer quand elles passent du prototype à l’expansion.

Le même constat, côté opérateur public

Deux jours après la sortie du rapport, la même semaine, un débat organisé par le Forum Ibn Khaldoun pour le développement a mis en scène ce diagnostic de l’intérieur. Alaya Bettaieb, directeur général de Smart Capital entre 2021 et 2024, y a détaillé le bilan et les limites du dispositif, dans des propos rapportés par La Presse.

Sur le financement, il a rappelé l’architecture d’Anava : un fonds de fonds démarré en mars 2021 avec 40 millions d’euros, puisés sur les 75 millions empruntés à la Banque mondiale et gérés par la Caisse des dépôts et consignations, complétés par 20 millions d’euros de la KfW allemande en décembre 2022. Anava a permis de créer dix fonds d’investissement, dont six fonds d’amorçage basés en Tunisie. « Smart Capital est actuellement en phase de levée de fonds tardive pour le fonds de fonds, afin d’atteindre l’objectif des 100 millions d’euros annoncés », a indiqué Bettaieb. Traduction : cinq ans après le lancement, la cible initiale n’est pas encore atteinte.

Sur l’accompagnement, le constat est en demi-teinte. Smart Capital a repéré 53 structures performantes sur 107, contre moins d’une quinzaine en 2020. Le progrès est réel, mais la concentration géographique demeure au Grand Tunis, à Sousse et à Sfax, laissant l’intérieur du pays à la marge. Et les secteurs de la santé, de l’environnement et de l’agriculture restent les moins servis par les programmes publics, faute de moyens.

Ce que ces deux rapports disent ensemble

La Tunisie a gagné la première manche, celle de la création d’un écosystème crédible : un cadre légal pionnier, une valeur d’écosystème de 2,8 milliards de dollars, dix fonds actifs, neuf réseaux de business angels. La seconde manche est plus dure : passer d’un programme startups à une économie d’innovation capable de retenir, financer et faire grandir. Bettaieb la résume par un objectif de méthode, l’ajustement du code des changes et le passage à un « Startup Act 2.0 », la Banque centrale travaillant déjà par dérogations pour fluidifier les flux entre fonds de fonds, fonds et startups.

Nous n’avons pas pu joindre Smart Capital ni StartupBlink avant publication ; les chiffres cités proviennent du rapport publié et du débat rapporté par La Presse. Ils convergent vers une même phrase : dans la compétition des écosystèmes, l’antériorité ne suffit plus. La Tunisie a prouvé qu’elle savait ouvrir la voie. Il lui reste à prouver qu’elle sait tenir le rythme de ceux qui l’ont empruntée après elle.

Sources

  • African Manager, « Startups : La Tunisie tient tête à l’Afrique du Nord mais entend les autres accélérer », 17 juillet 2026 (Global Startup Ecosystem Index 2026 de StartupBlink).
  • La Presse de Tunisie, Najoua Hizaoui, « Ecosystème des startups : Passer à une économie d’innovation complète », 19 juillet 2026 (débat du Forum Ibn Khaldoun, propos d’Alaya Bettaieb).
  • African Manager (English), « Tunisian startups raise just $300,000 in H1 2026 », juillet 2026.

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