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TE#69 – Comptes en devises, Stripe, PayPal : le guide 2026 pour encaisser en Tunisie

Compte en devises sans feu vert de la BCT, cadre légal pour PayPal et Stripe : ce que la Loi de Finances 2026 change pour encaisser depuis la Tunisie.

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Un développeur de Sfax facture 3 000 euros par mois à un client parisien. L’argent arrive sur un compte tunisien, converti d’office en dinars, au taux de la banque, sans qu’il ait son mot à dire. Impossible de garder ses euros pour payer son serveur cloud à l’étranger. Impossible d’ouvrir un compte Stripe pour vendre son SaaS. Pendant des années, encaisser en devises depuis la Tunisie a relevé du parcours du combattant. En 2026, deux textes changent la donne : la Loi de Finances et le projet de nouveau code des changes. Voici ce qui bouge vraiment, et ce qui reste bloqué.

Le problème n’a jamais été le talent. Des milliers de freelances, éditeurs de logiciels et fondateurs tunisiens vendent à l’étranger. Le mur, c’est l’encaissement : un cadre des changes hérité de la loi 76-18 du 21 janvier 1976, pensé pour un monde sans paiement en ligne, où chaque devise entrante devait être convertie et où le moindre compte en monnaie étrangère supposait le feu vert de la Banque centrale.

Ce guide couvre, à jour en juillet 2026, ce que la réforme change concrètement : qui peut ouvrir un compte en devises, comment l’alimenter, où en sont PayPal et Stripe, et les pièges à éviter. Objectif : que vous repartiez avec une lecture claire de vos droits, pas une note de cabinet illisible.

Ce qu’il faut savoir avant de se lancer

Trois repères pour ne pas confondre deux choses différentes.

D’abord, il y a deux textes, pas un. La Loi de Finances 2026 a déjà introduit un article qui organise l’ouverture de comptes en devises pour les résidents. Le projet de nouveau code des changes, lui, est en examen au Parlement : il va plus loin (PayPal, Stripe, cryptomonnaie), mais il n’est pas encore pleinement en vigueur. Ne construisez pas votre trésorerie sur une loi qui n’est pas votée.

Ensuite, votre statut compte. Les règles ne sont pas les mêmes pour un particulier résident, une startup labellisée Startup Act, ou un freelance avec patente. Les startups labellisées bénéficient déjà, depuis 2018, de la possibilité d’ouvrir des comptes en devises alimentés par leurs revenus d’exportation. La nouveauté 2026 élargit le cercle.

Enfin, le coût et le délai dépendent de votre intermédiaire agréé (votre banque). Comptez les frais de tenue de compte habituels, aucun agrément préalable de la BCT à demander pour un compte résident au sens de la Loi de Finances 2026. Le gain de temps est là : ce qui prenait des semaines d’autorisation devient une ouverture de compte classique.

Étape 1, savoir si vous êtes éligible

La Loi de Finances 2026 vise, dans sa première vague, les personnes physiques de nationalité tunisienne résidant en Tunisie. Ces comptes s’ouvrent exclusivement via un intermédiaire agréé et, point clé, ne nécessitent aucune autorisation préalable de la BCT, à rebours de l’ancien régime.

Si vous êtes fondateur d’une startup labellisée, vous disposez déjà d’un régime dédié depuis le Startup Act : compte professionnel en devises alimenté par les recettes d’export, carte technologique, plafonds relevés. Ne le confondez pas avec le compte personnel résident : ce sont deux outils, gardez-les séparés.

Si vous êtes freelance avec patente, le projet de code des changes vous nomme explicitement parmi les bénéficiaires des comptes en devises et de l’accès aux plateformes de paiement internationales. Sur ce point, tant que le texte n’est pas promulgué, restez au conditionnel.

Étape 2, ouvrir le compte en devises

La démarche est banale : vous vous adressez à votre banque, intermédiaire agréé, et demandez l’ouverture d’un compte en devises ou en dinars convertibles. Pas de dossier à monter pour la BCT, pas d’attente d’un visa central.

Vérifiez auprès de votre banque les devises proposées (euro, dollar, souvent les deux), les frais de tenue et le ticket d’entrée. Toutes les banques ne commercialisent pas ces comptes au même rythme : si la vôtre traîne, comparez. Le texte autorise, il n’oblige pas chaque agence à être prête le jour J.

💡 Astuce, demandez par écrit la grille tarifaire du compte en devises avant de signer. Les frais de conversion et de virement international varient fortement d’un établissement à l’autre et grignotent vite une facture de 3 000 euros.

Étape 3, alimenter le compte sans se tromper

C’est là que beaucoup se piègent. La Loi de Finances 2026 encadre précisément les sources d’alimentation autorisées pour le compte résident : transferts depuis un autre compte en devises ou en dinars convertibles, intérêts générés par les fonds déposés (aux taux fixés par la BCT), et dotation touristique annuelle.

Traduction concrète : ce compte résident n’est pas, en l’état, un tuyau pour y verser librement le chiffre d’affaires export d’une activité. Pour l’encaissement de revenus professionnels étrangers, c’est le régime startup labellisée (recettes d’export) ou le futur code des changes qui ouvre la porte, pas la disposition résident de la Loi de Finances. Choisissez le bon véhicule selon la nature de l’argent qui rentre.

Étape 4, utiliser les fonds

Bonne nouvelle : côté sorties, la Loi de Finances 2026 prévoit une utilisation libre, sans autorisation préalable, pour les paiements à l’étranger, les retraits de devises pour voyage et l’alimentation d’autres comptes en devises ou en dinars convertibles. C’est exactement ce qui manquait au développeur de Sfax : pouvoir régler un abonnement cloud ou un prestataire étranger sans quémander un transfert.

Deux garde-fous à retenir. Le compte ne peut pas être à découvert : pas de crédit en devises déguisé. Et les intérêts perçus subissent un prélèvement fiscal de 0,01 %, marginal, mais à connaître pour votre comptabilité.

Étape 5, PayPal et Stripe, séparer le voté du promis

C’est la question qui revient le plus. Le projet de nouveau code des changes crée un cadre légal pour les plateformes de paiement internationales, PayPal et Stripe nommément, permettant d’envoyer et de recevoir des paiements mondiaux, sous réserve d’accords bilatéraux. La gouverneure de la BCT, Sihem Nemsia, a présenté ces grandes lignes : comptes en devises, PayPal, cryptomonnaie.

Mais deux réserves majeures. Un, le texte doit être voté et ses décrets d’application publiés avant que la promesse devienne un droit opposable. Deux, même une fois le cadre tunisien ouvert, Stripe ne prend toujours pas la Tunisie comme pays de résidence d’un marchand : les contournements existent (société immatriculée dans un pays éligible), mais ils supposent une structure juridique à l’étranger et ne relèvent pas d’un simple compte local. Ne promettez pas à un client « je vous facture via Stripe demain » sur la foi d’un projet de loi.

Les variantes selon votre profil

Vous êtes dans la diaspora (TRE). Vous relevez déjà d’un régime plus souple : les non-résidents disposent de comptes en devises. La réforme vise surtout à rapprocher le résident de vos libertés.

Vous êtes une société, pas un particulier. La disposition résident de la Loi de Finances 2026 concerne les personnes physiques. Pour une SARL exportatrice, la voie reste le compte professionnel en devises adossé au statut d’exportateur ou au label Startup.

Vous voulez encaisser un SaaS mondial dès maintenant. En attendant le nouveau code, les fondateurs passent par une entité à l’étranger (Europe ou Golfe) pour ouvrir Stripe, puis rapatrient. C’est légal si c’est déclaré, mais cela ajoute complexité et coût.

Les erreurs à éviter

Prendre le projet pour la loi. PayPal et Stripe « autorisés » font la une, mais c’est un projet en débat. Datez chaque droit que vous invoquez.

Mélanger compte résident et recettes export. Le compte résident de la Loi de Finances a des sources d’alimentation limitées. Y faire transiter du chiffre d’affaires étranger, c’est s’exposer à un redressement.

Oublier les frais. Un compte en devises mal négocié coûte en conversion et en virements ce qu’il fait gagner en flexibilité. Négociez la grille.

Négliger la fiscalité. Encaisser en devises ne dispense pas de déclarer. Revenus, prélèvement sur intérêts, TVA le cas échéant : gardez une comptabilité propre.

Et après

Une fois votre compte en devises ouvert et correctement alimenté, l’étape suivante est de cartographier vos flux : quelles recettes relèvent de l’export labellisé, lesquelles du compte résident, lesquelles attendent le nouveau code. Le jour où le projet de code des changes sera voté, vous serez prêt à brancher PayPal ou Stripe sans repartir de zéro. En attendant, la Loi de Finances 2026 vous rend déjà une liberté que le fondateur tunisien attendait depuis un demi-siècle : garder ses devises, et les dépenser sans demander la permission.

Les démarches administratives tunisiennes évoluent. Vérifie toujours auprès des sources officielles (BCT, JORT) ou d’un conseil juridique avant de t’engager. Ce guide est à jour à la date de publication mais ne remplace pas un avis professionnel.

Sources : Loi de Finances 2026, article d’application du code des changes (loi 76-18 du 21 janvier 1976), synthèse Deloitte Tax & Legal via ilboursa (13 décembre 2025) ; Business News (projet de code des changes, grandes lignes présentées par la gouverneure de la BCT Sihem Nemsia) ; Managers ; Webmanager Center ; Entreprises Magazine (CONECT, 41 amendements au Parlement).

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