GreenTech
GreenTech Tunisie 2026 : la vague à 6 milliards et les startups qui surfent dessous
Sous le bruit des 6 milliards de dollars annoncés en hydrogène vert, une couche de startups tunisiennes se construit en silence. Décryptage d’un secteur qui change de nature en 2026.
Sous le bruit des méga-projets d’hydrogène vert annoncés en 2025, une autre histoire se construit en silence. Celle d’une couche de startups tunisiennes — solaire décentralisé, monitoring énergétique, ingénierie EPC — qui se positionne sur la chaîne de valeur des grands chantiers verts. À quelques mois du démarrage des premières études d’exécution, la GreenTech tunisienne change de nature.
Le décor : pourquoi la GreenTech est devenue centrale en six mois
Il y a dix-huit mois, parler de GreenTech en Tunisie déclenchait surtout un sourire poli dans les comités d’investissement. Le secteur existait — quelques jeunes pousses de solaire résidentiel, deux ou trois fabricants de chauffe-eau thermiques — mais il vivait à la marge. La narrative entrepreneuriale du pays se jouait ailleurs, dans la fintech, l’insurtech, l’AgriTech. Puis trois signaux ont basculé l’équation.
Premier signal : la publication, fin 2024, de la Stratégie nationale Hydrogène vert, co-construite avec la coopération allemande GIZ. Le document positionne la Tunisie comme futur hub de production-export d’H2 vert pour l’Europe, avec un objectif d’8,3 millions de tonnes d’hydrogène vert exporté à l’horizon 2050 et 6 millions de tonnes pour la consommation domestique. C’est ambitieux, c’est lointain — mais c’est désormais écrit.
Deuxième signal : l’annonce, début 2025, d’un projet de 6 milliards de dollars piloté par un consortium emmené par H2 Global Energy et Amarenco, signataires d’un MoU avec le gouvernement tunisien pour développer 1,5 à 1,8 GW d’électrolyseurs et produire 180 000 tonnes d’H2 vert par an. Démarrage construction visé en 2028, opérations commerciales en 2031.
Troisième signal : le projet H2 Notos, joint-venture entre TE H2 (TotalEnergies + EREN Groupe) et l’Autrichien VERBUND, qui vise 200 000 tonnes d’hydrogène vert par an en première phase, avec potentiel d’extension à un million de tonnes annuelles dans le sud tunisien.
L’écosystème entrepreneurial n’attend plus 2031 pour bouger.
Trois projets-locomotives qui structurent toute la chaîne aval
Ces trois projets — et l’interconnexion électrique sous-marine ELMED entre la Tunisie et l’Italie, gérée par STEG et Terna, dont la phase 1 est dotée d’un budget de 304 millions de dollars cofinancé par l’Union européenne — ne sont pas seulement des annonces. Ils créent un appel d’air massif sur des dizaines de métiers techniques et de services dont aucun opérateur tunisien actuel ne couvre l’intégralité.
Pour produire de l’hydrogène vert à l’échelle annoncée, il faut d’abord déployer plusieurs gigawatts de capacité solaire et éolienne dédiée. Or l’opérateur historique STEG ne produira pas seul cette capacité ; le modèle retenu mise sur des IPP (independent power producers) qualifiés, avec des appels d’offres lancés par l’ANME et la STEG ENR depuis 2024. Il faut ensuite désaliniser de l’eau de mer, opérer les électrolyseurs, transporter l’hydrogène ou le convertir en ammoniac, exporter par pipeline ou par navire — chaque maillon ouvre une opportunité de spécialisation.
Et entre les majors qui pilotent les méga-projets et les sous-traitants locaux qui exécuteront le terrain, il y a un vide à combler — un vide que ni les grands cabinets d’ingénierie internationaux ni les bureaux d’études tunisiens classiques ne couvrent : monitoring temps réel, optimisation O&M, conformité ESG, gestion de la donnée énergétique. Exactement la zone où une startup peut gagner.
La couche startup qui se construit en dessous
Trois familles de jeunes entreprises ont commencé à se positionner.
La première : les pure-players solaire décentralisé. Des structures comme NurEnergie (longtemps adossée au projet TUNUR, désormais opérateur d’études et de centrales pour le marché domestique), ou les plus jeunes Sun Up, Tunisia Photovoltaic Systems, intègrent ingénierie, financement et opération de centrales 1-10 MW pour des clients industriels. Leur thèse : capter le glissement réglementaire en cours qui assouplit l’autoproduction industrielle.
La deuxième famille : les startups de monitoring et d’efficacité énergétique. C’est là que se trouve probablement le plus gros gisement de fondateurs ambitieux. Des plateformes SaaS de gestion énergétique multisite, des solutions IoT de relevé temps réel (avec ou sans certification MID), des services prédictifs d’O&M pour centrales PV. Le client final n’est pas un particulier mais une grande industrie tunisienne — agroalimentaire, textile, cimenteries — qui voit son énergie passer de 6 % à 18 % de son coût total depuis trois ans.
La troisième famille : les services techniques B2B autour des grands chantiers — formation d’opérateurs, audit de conformité, sourcing d’équipement, traduction technique des cahiers des charges allemands ou français vers des sous-traitants tunisiens. Moins glamour, mais c’est par là que circulent les premiers chèques. Plusieurs cofondateurs issus d’EREN ou de TotalEnergies, rentrés en Tunisie en 2025, montent ce type de structures.
Ce que ces trois familles partagent : un cycle de vente long, des clients exigeants, et un besoin de capital patient — donc la nécessité absolue d’aller chercher les bons programmes publics.
Greentech Tunisie : la porte d’entrée institutionnelle
Le programme Greentech Tunisie, opéré par la Caisse des Dépôts et Consignations en partenariat avec Smart Capital, n’a pas la notoriété de Flat6Labs ou de 216 Capital, mais il est devenu en 2025-2026 la rampe d’accès la plus structurée pour une startup verte. Il s’inscrit dans le projet Greenov’i, financé par l’Union européenne dans le cadre de son soutien à l’action environnementale en Tunisie.
Concrètement, Greentech Tunisie combine plusieurs leviers : appels à projets sectoriels (efficacité énergétique, économie circulaire, mobilité propre), grants d’amorçage non dilutifs autour de 50 000 à 150 000 dinars, accompagnement technique mutualisé via des centres techniques (CITET, ANME), et mise en relation avec les fonds verts régionaux. Pour une startup en stade pré-seed ou seed, c’est un raccourci. Et c’est en réalité le canal recommandé pour préparer un dossier ultérieur Smart Capital sur les fonds Anava ou Innov’i.
Au-delà, le Fonds de fonds tunisien, doté d’une taille cible de 200 millions d’euros, vise à investir dans plus de 13 fonds d’investissement dédiés aux startups. Plusieurs de ces véhicules — encore en levée — fléchent une partie de leur capacité sur le thématique verte. C’est l’horizon naturel d’un seed ou Series A GreenTech tunisien en 2026-2027.
Trois pièges à éviter avant de lancer une startup GreenTech en TN
Premier piège : confondre l’effet d’annonce et le calendrier réel. Les méga-projets H2 annoncent des opérations commerciales en 2031. Le carnet de commandes B2B réel sur la chaîne aval ne s’active vraiment qu’à partir de 2027-2028. Un business plan qui table sur des revenus 2026 issus des grands chantiers est faux par construction.
Deuxième piège : sous-estimer le poids réglementaire. Le cadre tarifaire (Loi 2015-12 et ses amendements 2023, autorisations ANME, raccordement STEG) reste complexe et lent. Toute startup GreenTech a besoin d’un cofondateur ou d’un advisor capable de naviguer ce dossier — sinon, le time-to-revenue explose.
Troisième piège : chercher des clients particuliers d’abord. Le marché B2C solaire résidentiel reste mince et très price-sensitive. La masse de valeur est dans le B2B industriel et dans le service aux grands projets. Les fondateurs qui démarrent B2C par défaut épuisent leur runway avant d’apprendre à vendre en B2B.
Ce que ça change pour 2026-2028
La GreenTech tunisienne n’est pas un secteur émergent. C’est un secteur en cours de bascule, sous le double effet de la pression énergétique sur les industries locales et de l’appel d’air créé par les méga-projets d’export. La fenêtre est ouverte pour les fondateurs capables d’opérer dans la couche B2B intermédiaire — celle qui ne fait pas la une mais qui encaisse les premiers chèques.
D’ici fin 2027, le paysage devrait s’être recomposé autour d’une dizaine de startups maillées avec les majors, capables de porter une Series A significative. Le moment d’entrer, c’est aujourd’hui.
Sources : Stratégie nationale Hydrogène vert (MEMER + GIZ, 2024) ; Caisse des Dépôts et Consignations / Greentech Tunisie ; Startup Tunisia (startup.gov.tn) ; TotalEnergies / TE H2 ; communiqué consortium H2 Global Energy + Amarenco janvier 2025 ; Green Hydrogen Organisation (gh2.org) ; UNIDO Hydrogen Tunisia.
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