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Financement & VCs

ANAVA, cinq ans après : le fonds qui a réveillé le capital-risque tunisien

Lancé en 2021, ANAVA a fait naître une couche entière de fonds tunisiens. Bilan à mi-parcours, chiffres à l’appui, questions comprises.

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En 2020, un fondateur tunisien qui voulait lever un tour d’amorçage avait, dans le meilleur des cas, trois interlocuteurs sérieux à appeler. Aujourd’hui il en a une douzaine. Entre les deux, il y a eu un objet financier discret, lancé en mars 2021 et rarement raconté pour lui-même : le fonds de fonds ANAVA. Cinq ans plus tard, il est temps de faire les comptes.

Le grand public connaît les startups. Il connaît un peu les fonds qui les financent, 216 Capital, Flat6Labs, Anava Seed. Presque personne ne connaît la mécanique qui a fait naître ces fonds. Cette mécanique porte un nom : ANAVA, le premier fonds de fonds de Tunisie et l’un des premiers d’Afrique. Son métier n’est pas d’investir dans des startups. Son métier est d’investir dans ceux qui investissent dans les startups.

Ce qu’est réellement un fonds de fonds

L’idée est simple et redoutablement efficace. Plutôt que l’État choisisse lui-même les startups, ce qui finit toujours mal, il met de l’argent public dans des fonds privés, à condition que ces fonds lèvent aussi de l’argent privé à côté. Un dinar public attire deux ou trois dinars privés. L’État prend un risque de premier rang, les gérants gardent la décision d’investissement, et une couche entière de capital-risque professionnel se met à exister là où il n’y avait rien.

ANAVA a été lancé le 23 mars 2021, piloté par Smart Capital, la structure née du Startup Act. Sa dotation engagée est de 60 millions de dollars : 40 millions via la CDC Tunisie avec l’appui de la Banque mondiale, et 20 millions de la KfW allemande. La cible affichée a depuis été relevée vers les 100 millions d’euros. Ce sont des ordres de grandeur modestes à l’échelle mondiale. À l’échelle tunisienne, c’est une révolution silencieuse.

La couche de fonds qu’il a fait naître

Le vrai résultat d’ANAVA, ce ne sont pas des chiffres de rendement, encore trop tôt pour être lus. C’est une liste de gérants qui n’existaient pas, ou à peine, il y a cinq ans.

216 Capital Ventures, basé à Tunis, a bouclé un véhicule qui investit à l’amorçage dans la tech early-stage, avec à son portefeuille des noms comme eSteps, Proxalys ou Logidoo. C’est aujourd’hui l’un des fonds les plus visibles du pays.

Titan Seed Fund I, géré par la société Medin Fund Management fondée par l’ancien ministre Noomane El Fehri, est le premier fonds deeptech d’Afrique du Nord. ANAVA s’y est engagé à hauteur de 5 millions d’euros pour une taille cible de 10 millions. Son ticket moyen, entre 300 000 et 650 000 euros, vise une vingtaine de startups à amener jusqu’à la série A.

Anava Seed Fund, Flat6Labs Tunisia Seed Fund II et plus récemment UGFS-VC New Era Fund I, un véhicule orienté série A dans l’IA, la biotech et la greentech qui a atteint son premier closing en 2025, complètent le tableau. À cela s’ajoutent des fonds panafricains dans lesquels ANAVA a pris des parts, ce qui explique qu’une partie de l’argent finisse dans des startups au Nigeria, au Sénégal ou en Côte d’Ivoire.

En clair : en cinq ans, ANAVA a transformé une poignée de business angels dispersés en un vrai marché du capital-risque, avec des gérants professionnels, des thèses d’investissement lisibles, et des tickets qui montent.

Les questions qui fâchent

Un magazine qui se respecte ne s’arrête pas au communiqué. Trois questions méritent d’être posées.

Combien a été réellement déployé ? Engager 60 millions et les mettre effectivement dans des startups sont deux choses distinctes. Le fonds de fonds signe avec des gérants, les gérants lèvent leur complément privé, puis investissent sur cinq à sept ans. Une part significative de l’enveloppe est donc encore en cours de déploiement, ce qui est normal, mais impose de la prudence quand on lit le mot magique de « 60 millions ». L’argent promis n’est pas l’argent arrivé sur le compte d’un fondateur.

Pourquoi le trou de la série A persiste-t-il ? C’est le paradoxe. ANAVA a superbement outillé l’amorçage. Mais la marche d’après, la série A entre 1 et 5 millions, reste un mur pour la plupart des startups tunisiennes. Le New Era Fund vise précisément ce chaînon manquant, signe que l’écosystème a identifié le problème. Reste que tant que les sorties, les fameux exits, ne se matérialisent pas en nombre, les capitaux série A hésiteront à venir. Un fonds de fonds amorce la pompe ; il ne garantit pas qu’elle débite.

Où sont les retours ? ANAVA a cinq ans. Un cycle de capital-risque en compte dix à douze. Il est donc trop tôt pour juger la performance financière. Ce qui se juge déjà, en revanche, c’est l’effet d’entraînement : le nombre d’investisseurs actifs en capital-risque a bondi, et l’écosystème comptait plus de 1 450 startups labellisées ou en activité en 2026. Sur ce critère-là, le pari est gagné.

Ce que ça change pour un fondateur en 2026

Si vous levez cette année, trois enseignements concrets tiennent la route.

D’abord, il existe désormais un chemin balisé. Un fondateur early-stage sérieux a une vraie liste de fonds à démarcher, chacun avec sa thèse. Ce n’était pas le cas en 2019. Ciblez le bon gérant selon votre secteur : Titan pour la deeptech, 216 pour la tech B2B, New Era pour la série A tech.

Ensuite, l’argent public a un revers, la conformité. Les fonds adossés à ANAVA répondent à des bailleurs internationaux. Ils regardent la gouvernance, le reporting, l’impact. Un dossier propre, un cap table clair et un minimum de discipline comptable ne sont plus optionnels. C’est la contrepartie d’un capital devenu accessible.

Enfin, ne confondez pas abondance et facilité. Il y a plus de fonds, donc plus de portes. Il n’y a pas pour autant plus d’indulgence. Les gérants ont désormais un flux de deals suffisant pour se permettre de dire non. La rareté s’est déplacée : hier c’était l’argent qui manquait, aujourd’hui c’est la traction qui décide.

La suite

ANAVA a fait le plus dur, faire exister un marché. Le prochain chapitre ne dépend plus de lui. Il dépend des sorties. Le jour où deux ou trois startups tunisiennes financées par cette couche de fonds seront rachetées ou introduites en Bourse à des valorisations sérieuses, les capitaux privés, tunisiens et de la diaspora, cesseront d’attendre que l’État prenne le premier risque. Ce jour-là, le fonds de fonds aura fini son travail. En attendant, il reste la meilleure chose arrivée au capital-risque tunisien depuis le Startup Act.

Sources : Launch Base Africa, Wamda, startup.gov.tn, The Condia, Tech In Africa, entreprises-magazine.com, Smart Capital.

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