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TE#28 – SECO Startup Fund : le financement suisse non dilutif arrive en Tunisie

Un prêt de 300 000 à 1 million de francs suisses, sans diluer le capital. Le SECO Startup Fund ouvre une fenêtre rare pour les fondateurs tunisiens.

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Imaginez la scène. Vous avez bâti une boîte qui marche, des clients, du chiffre, une équipe. Il vous faut un million de dinars pour passer le cap. La banque vous demande des garanties que vous n’avez pas. Le fonds de capital-risque, lui, est prêt à signer, mais veut 20 % de votre société en échange. Et puis arrive une troisième porte : un prêt étranger, jusqu’à un million de francs suisses, remboursable en cinq ans, sans toucher à une seule part de votre capital. Le 9 juin, le SECO Startup Fund a confirmé qu’il regardait la Tunisie. Voici ce que cet outil propose vraiment, et pourquoi la moitié des fondateurs qui rêvent déjà dessus n’y auront pas droit.

Ce que c’est, en clair

Le SECO Startup Fund est rattaché au Secrétariat d’État à l’Économie suisse, le SECO. Sa logique : financer des entreprises qui opèrent dans les marchés émergents et qui génèrent un impact économique ou social mesurable. En Tunisie, le dispositif est porté avec l’appui de l’ambassade de Suisse, qui sert de relais aux candidatures.

Le produit financier tient en quelques chiffres. Un prêt compris entre 300 000 et 1 000 000 de francs suisses, soit grossièrement entre un et trois millions et demi de dinars au cours actuel. Une durée de remboursement souple, de deux à cinq ans. Et surtout, une mention que tout fondateur tunisien devrait relire trois fois : non dilutif. Vous empruntez, vous remboursez, vous gardez votre société entière.

C’est là toute la différence avec le capital-risque local. Quand Anava, 216 Capital ou un fonds d’amorçage signe un chèque, il prend des parts. Le fondateur s’enrichit sur le papier mais perd, ticket après ticket, le contrôle de sa propre maison. Le SECO Startup Fund se positionne ailleurs : à mi-chemin entre le crédit bancaire classique, souvent inaccessible faute de garanties, et l’equity, qui coûte cher en parts. Cet espace intermédiaire, en Tunisie, était jusqu’ici quasiment vide.

La condition qui change tout : le « lien suisse »

Avant de sortir le champagne, lisez les petites lignes. Le SECO Startup Fund ne finance pas n’importe quelle entreprise tunisienne. Il en exige deux choses, cumulatives.

La première : être déjà en phase de revenus. Traduisez : un modèle économique opérationnel, des ventes réelles, pas un slide deck et une promesse. Cela exclut d’emblée tout l’amorçage, toute la jeune pousse qui cherche ses premiers 50 000 dinars pour construire un produit. Ce fonds n’est pas pour celui qui démarre. Il est pour celui qui veut accélérer.

La seconde condition est plus subtile, et c’est elle qui fait le tri : un lien significatif avec la Suisse. Ce lien peut prendre plusieurs formes. Un investisseur suisse au capital. Un partenaire commercial helvétique. Un fournisseur, un client, un actionnaire rattaché au marché suisse. La porte n’est pas étroite au point d’exiger un siège à Zurich, mais elle reste une porte. Une entreprise tunisienne purement domestique, qui vend à des Tunisiens et achète à des Tunisiens, ne coche pas la case.

Posons la question que la presse économique a esquivée : combien d’entreprises tunisiennes, à la fois en phase de revenus et dotées d’un vrai lien suisse, existent réellement ? La réponse honnête, c’est : peu. Quelques dizaines, peut-être. Des sociétés tech qui sous-traitent pour des clients européens, des industriels avec un partenaire helvétique, des filiales adossées à un groupe suisse. Le dispositif est réel, l’argent est réel, mais le filtre est sévère. Ce n’est pas un guichet ouvert. C’est une niche.

Pourquoi ça compte quand même

On pourrait s’arrêter là et conclure que le SECO Startup Fund est un gadget diplomatique de plus. Ce serait une erreur de lecture. Pour trois raisons.

D’abord, parce qu’il met un mot sur un manque. La Tunisie a un trou béant dans son escalier de financement. En bas, les fonds d’amorçage et le label Startup Act couvrent vaille que vaille les premiers tours. En haut, le capital-développement et la Bourse attendent les grosses entreprises. Mais au milieu, l’entreprise qui a fait ses preuves et qui veut financer sa croissance sans tout vendre, celle-là n’a presque rien. La dette non dilutive, ce que les anglo-saxons appellent venture debt, est embryonnaire en Tunisie. Chaque dispositif qui s’installe sur ce créneau, même étranger, même de niche, élargit le terrain de jeu.

Ensuite, parce que cette logique de financement par la dette change le calcul du fondateur. Garder son capital, ce n’est pas un caprice. C’est la différence entre piloter sa boîte sur dix ans et la voir lui échapper au troisième tour de table. Un fondateur tunisien qui peut emprunter un million de dinars sans diluer protège sa marge de manoeuvre, sa vision, et la valeur qu’il capturera le jour de la sortie. Le coût, ici, n’est pas en parts, il est en intérêts et en discipline de remboursement. C’est un coût qu’on connaît à l’avance, et c’est précisément ce qui le rend gérable.

Enfin, parce que le « lien suisse » est moins une barrière qu’un signal. Il dit à l’écosystème tunisien quelque chose d’inconfortable mais utile : l’argent patient suit les ponts déjà construits. Les entreprises qui ont tissé des relations commerciales sérieuses avec l’Europe sont celles qui captent ces financements. Celles qui restent enfermées sur le marché intérieur, aussi rentables soient-elles, passent à côté. La leçon dépasse le SECO Startup Fund : construire des liens internationaux n’est pas un luxe de communication, c’est une porte d’accès à des capitaux qui n’existent pas localement.

Ce qu’un fondateur devrait faire cette semaine

Si vous dirigez une entreprise tunisienne en activité, posez-vous trois questions concrètes, dans l’ordre.

Un : avez-vous des revenus récurrents et un modèle qui tourne ? Si la réponse est non, ce fonds n’est pas pour vous, et il faut viser l’amorçage classique. Deux : existe-t-il, dans votre carnet de relations, un point d’ancrage suisse, même modeste ? Un client à Genève, un fournisseur à Bâle, un investisseur qui a un pied en Suisse ? Si oui, vous tenez peut-être votre dossier. Trois : le besoin que vous financez est-il vraiment de la croissance, et non du trou de trésorerie ? La dette finance ce qui produit du retour, pas ce qui éponge des pertes.

Les conditions détaillées et le formulaire de candidature passent par le portail officiel du SECO Startup Fund et par l’ambassade de Suisse en Tunisie. Le dossier, comme toujours avec les bailleurs à impact, demandera des comptes propres, un récit d’impact crédible, et la patience d’un processus qui n’a rien d’un virement instantané.

La vraie nouvelle n’est pas l’argent

Le SECO Startup Fund ne va pas, à lui seul, refinancer l’entrepreneuriat tunisien. Son enveloppe est ciblée, ses critères filtrent dur, et il ne touchera qu’une fraction des entreprises du pays. Mais sa simple arrivée raconte une tendance qu’il faut prendre au sérieux : les capitaux non dilutifs commencent à regarder la Tunisie, et ils suivent les entreprises qui ont déjà un pied dehors. La question pour la prochaine vague de fondateurs n’est donc pas seulement « comment je lève », mais « à qui je me relie ». Le financement de demain ira à ceux qui auront construit les ponts aujourd’hui.

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